Les Carnets de l’Immobilier - Coronavirus

Salariat - Recrutimmo, Laurent Cirelli
06/04/20

Et si le salariat revenait à la mode en dans les agences immobilières ?

S’il est bien un secteur de l’économie, et non des moindres, qui retient son souffle depuis le 17 mars dernier c’est celui de l’immobilier… Porté en effet depuis de nombreux mois par une conjoncture particulièrement favorable, un véritable « alignement des planètes » rarement observé de mémoire d’agent immobilier - taux du crédit, chiffres du chômage, croissance mondiale, etc…  - il est aujourd’hui touché « en plein vol » par une crise sanitaire elle aussi sans précédent et dont nous ne mesurons pas encore la forme et l’ampleur des conséquences futures…

À l’instar d’Emmanuel Macron qui entend faire de cette guerre la mère de toutes les batailles à venir il n’est pas rare depuis quelques jours de lire ça et là les témoignages de confrères qui affirment avec force que « rien ne sera plus jamais comme avant »… mais qui n’en disent pas beaucoup plus sur la nature de leur « avant » comme sur celle de leur « après »…

Peut-on alors rappeler ici que l’un des sujets qui étaient encore « sur la table » avant la fermeture physique des agences immobilières résidait dans l’évolution sociale et même sociétale du métier de négociateur immobilier et son glissement structurel (ou conjoncturel ?) vers un statut « indépendant » que certains ont voulu assimiler à une forme « ubérisée » de la profession ?

Doit-on également (re)préciser les données chiffrées essentielles de cette dernière en 2019: 65.000 salariés, 59.000 agents commerciaux, un « turn-over » équivalent à 40% des effectifs, des difficultés de recrutement avérées pour les employeurs en même temps qu’une « surpopulation » caractérisée dans un secteur attirant de plus en plus de candidats, embellie sans précédent oblige…

Jusqu’ici tout va (allait… ?) bien, même si des réflexions ont commencé à se faire jour relativement à la disparité des statuts et à la « fragilité » de certains d’entre eux, en l’occurrence celui des « indépendants », mandataires notamment mais pas seulement… (sur ce sujet, on pourra utilement se reporter à l’excellent ouvrage de Lise Bernard: « La précarité en col blanc » paru aux éditions PUF)

Or donc, l’arbre qui cachait (plutôt mal) la forêt risque bien de perdre quelques feuilles dans les temps qui viennent et, ce faisant, de révéler que les disparités évoquées ci-dessus ne sont pas qu’une simple vessie que certains s’ingénient à faire passer pour une lanterne: à ce stade en effet des précisions données par le gouvernement, là où ceux qui bénéficient d’un statut de salarié devraient être protégés par le dispositif d’indemnisation mis en place par un État providence si cher (dans les deux sens du terme) aux français et auquel s’ajoutera peut-être pour les plus chanceux celui proposé par leur employeur, les « indépendants » (agents commerciaux, mandataires…) vont eux pouvoir s’appuyer au mieux et selon les cas sur une somme forfaitaire de mille cinq cents €uros…

La « liberté » avait donc bien un prix… (outre celui de la redevance dont doit s’acquitter un mandataire) qui risque malheureusement pour beaucoup de se payer comptant dans les semaines à venir et de rafraîchir ainsi le déjà vieux débat entre les « anciens » et les « modernes ».

Mais est-ce vraiment compter parmi les « anciens » que de croire encore que l’intégration et la fidélisation des talents passent nécessairement par un véritable engagement de l’employeur sur les outils et les conditions de travail mais aussi et surtout par un investissement financier de l’entreprise sur la ressource humaine ? Et la « modernité » doit-elle donc résider uniquement dans une « liberté » et une « indépendance » dont on peut deviner ces jours-ci qu’elles restent éminemment fragiles et précaires… ?   

- Laurent Cirelli