Les Carnets de l'Immobilier

Soft Skills - Recrutimmo, Laurent Cirelli
24/04/20

Soft skills mais pas trop…

Chaque époque a ses modes, ses engouements, ses marottes… pour le meilleur et aussi (surtout ?) pour le pire… Et cela est vrai pour tous les secteurs qu’ils soient économique, politique, culturel ou éducatif (avec les résultats que l’on sait pour ce dernier notamment…).

Ainsi et pour ce qui concerne le monde de l’entreprise, l’employeur et a fortiori le recruteur doivent-ils aujourd’hui intégrer - sauf à risquer d’apparaître comme « gentiment has been » - des « soft skills » dans le « portrait-robot » qu’ils auront à définir du candidat idéal pour un poste déterminé.

Les « soft skills »…? Kézako ?! Pour celles et ceux qui vivraient encore dans l’ancien monde, il s’agit d’une notion devenue trop rapidement générique et qui veut distinguer les aptitudes personnelles (en d’autres termes le « savoir-être ») - qui résident par exemple dans la bienveillance, l’adaptabilité, la combativité… - des savoirs (« faire » notamment) tout court supposés plus rigides et limitants, a fortiori dans un monde changeant, incertain et fortement évolutif.   

Car pourquoi ne pas appliquer aux collaborateurs la grille de lecture initiée depuis quelques décennies déjà par Paul Hersey et Kenneth Blanchard et qui a érigé l’agilité comportementale en oukaze du management moderne anticipant ainsi l’environnement économique et social qui est le nôtre: un univers en mouvement permanent au sein duquel la faculté d’adaptation fait figure de compétence fondamentale.

Rapproché d’un monde de l’entreprise et d’une économie en réalité de plus en plus balisés par des contraintes en tous genres le contraste est saisissant entre cette omniprésente exigence de flexibilité et la normalisation grandissante qui règne pourtant sur nombre d’activités.

Si l’on rapporte en effet le débat à la sphère de l’immobilier où il est avéré que la témérité et la créativité sont des qualités nécessaires à la négociation il n’en reste pas moins que ce secteur d’activité n’a jamais connu un tel arsenal de règles et d’obligations (lois ALUR et ELAN en l’espace de quatre ans…) rigidifiant comme jamais un métier pour lequel il est néanmoins encore recommandé d’être original et inventif… là où il conviendrait aussi et surtout d’être scrupuleusement juriste comme un notaire et rigoureusement administratif comme un secrétaire général…

Ceci expliquant cela, peut-être ne faut-il pas chercher beaucoup plus loin les raisons du divorce de plus en plus fréquent entre des candidats auxquels on a promis baby-foot, baskets et exacerbation des « savoir-être »… alors même que ces derniers ne manqueront pas de se heurter plus ou moins vite à la réalité d’une entreprise dont la standardisation s’accroit à mesure que ses enjeux économiques grandissent.

Le monde de la transaction immobilière n’a pas échappé, bien loin de là, à ce mouvement : l’image (c’en est bien une) véhiculée voire surexposée depuis quelques temps par certains présentateurs et autres blogueurs chaussés de Stan Smith finirait par faire croire à beaucoup que le sourire, l’empathie  et un petit talent de « bateleur » peuvent faire l’affaire… ça n’est pas faux… mais c’est aussi et surtout largement insuffisant.

Sur ce sujet comme sur bien d’autres une clarification risque d’ailleurs de s’avérer nécessaire dans les temps troublés qui malheureusement s’annoncent et où le réalisme devrait reprendre tous ses droits en remettant chacun à sa place : les compétences (savoir-faire) à la leur, soit la première, et l’agilité comportementale (savoir-être) à la sienne… juste derrière.

- Laurent Cirelli